AMBITION : EXCAVATION

AMBITION : EXCAVATION

Création réalisée durant la résidence AMBITION organisée par Les Ateliers du Vents dans le cadre de la Biennale OFF de Rennes - Du 22 octobre au 03 décembre.
Un désir sans limites et des projets démesurés comme remède aux frustrations ? Est-ce raisonnablement envisageable ? Ambitions est une proposition réunissant les travaux d’artistes et de techniciens du métier de l’exposition

 

 

Extrait du catalogue d'exposition :

 

Les Ateliers du Vent :_Qu’est-ce que l’ambition ?

 


Guillaume Lepoix : _Il me semble que l’ambition peut se concevoir comme une version «expansée» voire «optimale» de la notion de projet. Ces deux termes peuvent avoir des consonances positive ou négatives en fonction du contexte. Autant un projet peut résonner comme l’envie «d’avancer», une ambition de «dépasser ses limites», autant ils peuvent faire penser à l’expansion économique sans conscience, la course au développement sans réflexion éthique, l’envie de vaincre à tout prix, quitte à écraser l’autre si il le faut. «Ambition» et «projet» sont des termes que l’on retrouve souvent dans le champs lexicale de l’ultra-capitalisme et de la compétitivité.

 

Les Ateliers du Vent :_A la réception de l’invitation des Ateliers du Vent, à quoi avez-vous pensé ? Quelles ont été vos premières intuitions ?

 


Guillaume Lepoix : _Mes premières idées furent tout de suite axées vers la grandiloquence, le gigantesque et la folie. Je me suis imaginé comment serait une résidence d’artiste subventionné par la NASA durant la conquête spatiale ? Que se passerait-il si l’appel à projet stipulait «budget illimité» ? Dans ce cas, pratiquement toutes les contraintes matérielles s’évaporent dans ce champs des possibles. On peut alors tout à fait envisager d’aller mettre en orbite autour de la Lune un donuts géant de 50 mètres de diamètre en or massif sans que cela ne pose de réel problème ! Mais c’est justement dans cette disparition de la contrainte que le doute a finis par s’installer. Évacuer le problème de l’argent fait mécaniquement resurgir d’autres problèmes. Passé l’envolé lyrique de l’imagination et le grand n’importe quoi, il est important de revenir sur Terre. Mon envie profonde est bien de réaliser quelque chose d’ambitieux mais qui ne soit pas grotesque. Peut-être même quelque chose «d’atteignable» ou de «réaliste». Je me suis dis que ,peut-être, cela n’est pas assez ambitieux, la nostalgie de la contrainte est réapparue peu à peu.... mais non ! Ce qui est ambitieux c’est aussi de savoir tenir les brides de l’ambition sans se faire happer par la Maelström des possibilités ! Après cette petite phase de réflexion j’ai donc pu commencer à travailler.

 

Les Ateliers du Vent :_Comment formulez-vous vos intentions, quelles sont vos aspirations? De quelles sortes de limites vous affranchissez-vous ici ?

 


Guillaume Lepoix : _Mon intention s’est focalisé sur le fait de vouloir transformer une caverne en tente. Ce qui m’intéresse ici c’est l’idée qu’un abris naturel, archétypal, tellurique et donc par essence sédentaire puisse devenir nomade, léger, modulable, démontable. C’est dans cette translation que j’ambitionne de travailler. Dans le projet, si il advenait à être vraiment réaliser, la forme de la tente en question serait générée par la topographie, l’échelle et les reliefs naturels de la caverne. Toutes ces donnés seraient «enregistrées» dans le tissu et la structure même de la tente et sortirait ainsi de leur contexte d’origine pour venir s’offrir au mouvement et «s’arracher de la roche». L’idée qu’une tente puisse avoir des formes biscornues, incohérentes, inutilement complexes m’intéresse beaucoup. Non pas pour le plaisir de perturber la fonction d’un objet usuel, mais pour l’envie de réinjecter de l’aléatoire et du naturel dans un objet artificiel. Il s’agirait ici de franchir les limites du simple usage et d’y ajouter des notions de hasard et de «non-contrôle». Les envisager comme étant des éléments primordiaux, incontournables et nécessaires à la construction d’un habitat et laisser apparaître ce qui peut en résulter dans le formel et dans le vécu.

 

Les Ateliers du Vent :_Dans quelle (nouvelle, peut-être) réalité se situe votre (vos) pièces ? Quelles sont leur matérialité ?

 


Guillaume Lepoix : _Je pense pouvoir dire que ce travail concentre trois «réalités» aux attributs différents mais interconnectées. La première n’en n’est pas tout à fait une. C’est celle de la matière, du concret. Ici cette matière est fausse, dans le sens où cette «roche» est une fiction d’elle même : la caverne apparaît en miniature dans un bloc de pierre artificiel fait de béton pur. Malgré sa présence, son poids, sa pesanteur, ce n’est que l’image de ce quelle représente. Il est cependant intéressant de savoir que le terme anglais pour dire béton est «concrète»...Voila qui referme la boucle ! Le deuxième élément est une maquette de tente, dont la forme découle des volumes de la petite caverne précédent. Elle appartient donc à cette première réalité elle aussi mais pas seulement. En effet, l’espace en ces deux formes similaire, cet «entre-deux» crée une autre réalité ou plutôt une autre dimension : celle de la translation. C’est cet espace vide qui donne corps au «glissement» entre les deux objets. L’un se transforme en l’autre et change de nature tout en gardant certains attribut tel que la forme ou la fonction d’abriter. La dernière réalité, quant à elle, est purement virtuelle. Elle permet de «re-fictionner» ce qui existe déjà, de créer des représentations de représentations. A travers le casque de réalité virtuelle, les notion de contraintes et d’échelle ne sont plus des problèmes et l’ambition peut apparaître «grandeur nature».

 

 

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